Campagne Nationale de Reboisement 2018

jules Doret NdongoAllocution de Monsieur Jules Doret NDONGO

Ministre des Forêts et de la Faune

(Bertoua, le 04 mai 2018)

  • Monsieur le Gouverneur de la Région de l’Est ;
  • Madame le Secrétaire d’Etat après du Ministre des Forêts et de la Faune ;
  • Monsieur le Président de la Cours d'Appel de l'Est ;
  • Monsieur le Préfet du Département du Lom et Djerem ;
  • Monsieur le Délégué du Gouvernement auprès de la Communauté Urbaine de Bertoua ;
  • Monsieur le Directeur Général de l’ANAFOR ;
  • Monsieur l’Inspecteur Général ;
  • Monsieur le Directeur des Forêts ;
  • Messieurs les Délégués Régionaux ;
  • Autorités administratives, civiles et traditionnelles ;
    • Responsables militaires et des FMO ;
  • Distingués invités ;
  • Chers Collaborateurs,

                                                                                                 

       MESDAMES ET MESSIEURS,  

       Il m’est particulièrement agréable de vous exprimer mes souhaits de bienvenue dans cette salle de fêtes du Lycée Technique de Kano, à l’occasion de la cérémonie solennelle de lancement de la Campagne Nationale de Reboisement pour l’année 2018.

       Je voudrais dire à Monsieur le Délégué du Gouvernement auprès de la Communauté Urbaine de Bertoua, combien nous sommes sensibles, la délégation qui m’accompagne et moi-même, aux civilités qu’il a bien voulu nous présenter.

       Mes remerciements s’adressent également à Monsieur le Gouverneur de la Région de l’Est et à son entourage, ensemble les forces vives de cette Région au dynamisme éprouvé, pour la chaleur de l’accueil qu’ils ont bien voulu nous réserver à Bertoua, et pour les délicates attentions dont nous sommes l’objet depuis notre arrivée ici.

       En effet, sous l'impulsion du Gouverneur de la Région de l'Est, Bertoua a décidé de donner une tonalité particulière à la cérémonie de lancement de la Campagne Nationale de Reboisement qu'elle abrite si majestueusement cette année. La mobilisation est impressionnante et exceptionnelle. Je crois pouvoir lire à travers ce déploiement sans précédent, une réelle volonté des populations de la Région de l’Est, de soutenir résolument l'action que mènent le Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Paul BIYA, ainsi que les pouvoirs publics, dans la recherche des solutions aux défis qui nous réunissent ici, et qui interpellent notre pays en matière de renouvellement de la ressource.

         Merci à vous tous, qui avez eu l’amabilité de rehausser depuis hier, l’éclat de cette cérémonie.

         MESDAMES ET MESSIEURS,

        Comme vous le savez, la présente cérémonie déclenche la mise en route de l’ensemble des procédures devant aboutir à l’octroi aux sylviculteurs et promoteurs des plantations forestières, des subventions du Fonds Spécial de Développement Forestier du Ministère des Forêts et de la Faune, pour la réalisation des activités de reboisement, relativement au calendrier sylvicole 2018.      

        Le thème choisi cette année pour le lancement de ces activités à savoir : « Ensemble, luttons contre le changement climatique au moyen de la restauration des forêts naturelles dégradées », est en parfaite adéquation avec la dynamique autour des grands enjeux mondiaux de l’heure, qui sous-tendent la construction d’un avenir plus responsable, en vue de garantir un bien être durable de l’humanité.

        Pour en cerner les contours essentiels, vous me permettrez de dresser un aperçu du sous-secteur forestier, notamment, la situation des forêts naturelles, et de consacrer quelques développements qui porteront tour à tour sur :

  • la problématique du changement climatiqueet de la restauration des paysages forestiers dégradés ;
  • les moyens de mitigation mis en œuvre ;
  • et les défis pour la Campagne nationale de reboisement de 2018.

       MESDAMES ET MESSIEURS,

       Avant d’aborder les points que je viens d’évoquer et qui vont meubler cet échange, permettez-moi avant tout, de vous présenter le sous secteur forestier dans ses grandes lignes.

       En effet, au rang des atouts dont peut se prévaloir le Cameroun, figure en bonne place l’importance et la diversité des actifs écologiques et des services écosystémiques, résultant d’une couverture forestière globalement estimée à 22,5 millions d’hectares, représentant 46% du territoire national.

       En dépit de la tendance haussière des valeurs d’indicateurs de suivi de la diminution du couvert forestier au Cameroun à savoir, les taux de déforestation et de dégradation qui sont respectivement de 0,14% et de 0,01%, il convient de souligner au regard des efforts multiformes consentis aussi bien par les pouvoirs publics que par les privés, que la gestion du patrimoine forestier national s’inscrit de plus en plus dans le sens de la durabilité.

       A titre d’illustration, une superficie de 15 689 586 hectares de forêts du domaine permanent a été constituée, représentant environ 33% du territoire national.

        

           Dans la même lancée, mon Département ministériel a opéré en 2012 et en 2015 dans le cadre de la mise en œuvre de la politique de décentralisation de l’Etat, le transfert en gestion, respectivement de 151, 086 hectares d’actifs fonciers et forestiers aux collectivités territoriales décentralisées, et de 230, 422 hectares à l’Agence Nationale d’Appui au Développement Forestier (ANAFOR), en vue de leur aménagement, valorisation et restauration.      

           Au plan socio-économique, et selon une analyse macroéconomique réalisée par le Centre pour la Recherche Forestière Internationale (CIFOR) en 2015, la contribution du sous-secteur forêt-faune est de 4 % du PIB hors pétrole. Selon cette même source, les emplois permanents et temporaires générés par les entreprises du sous-secteur sont respectivement de 7 766 et de 404. Les emplois informels quant à eux sont estimés à

20 681.

           En terme de prospective et de développement de l’ingénierie, des approches de nouvelle génération ont été mises en place ou son en cours au niveau du sous-secteur forestier, elles consacrent la transition opérée dans de nombreux domaines en matière de gestion durable des forêts. Il s’agit parmi les plus saillantes :

  • de la révision en cours de la politique forestière et de ses instruments de mise en œuvre, afin de les arrimer aux nouvelles exigences en matière de gestion forestière, et de promouvoir la certification ainsi que la gouvernance forestière, grâce à la mise en œuvre des Accords de Partenariat Volontaire (APV/FLEGT) entre le Cameroun et l’Union européenne ;
  • de la mise en place d’un Système Informatisé de Gestion de l’Information Forestière de deuxième génération (SIGIF2), afin de passer de la traçabilité documentaire à la traçabilité informatique des produites forestiers bois ;
  • de la promotion de la transformation plus poussée du bois pour accroître les performances du sous-secteur dans ce domaine, et favoriser à terme, la possibilité de transformer localement toute la production nationale sur place ;
  • des Directives d’inventaire d’exploitation pour supplanter au moyen du géo-référencement, les Normes d’inventaires d’exploitation de 1995 élaborées par l’ex-Office National de Développement des Forêts (ONADEF) ;
  • du Concept de « Sylviculture de 2ème génération » pour migrer du paradigme de « reboisement » à celui de « développement de la sylviculture et des chaines de valeurs sylvicoles, à travers la mise en œuvre du Programme National de Développement des Plantations Forestières (PNDPF) destiné à supplanter le Programme National de Reboisement de 2006 ;

        

          MESDAMES ET MESSIEURS,  

           Pour analyser la thématique principale de la présente cérémonie qui cible la zone écologique de forêt dense à laquelle s’identifie la Région de l’Est et bien d’autres de la partie méridionale du Cameroun, il me semble utile d’indiquer que, près de 80% des superficies exploitables sont déjà parcourues par l’exploitation forestière ou ont subit des actions anthropiques, avec une production moyenne annuelle de bois d’œuvre estimée à un peu plus de 2 millions de m3, essentiellement basée sur les forêts naturelles. Dans le même temps, les besoins en bois sur les marchés sont orientés de plus en plus vers les produits de plantations, et représentent environ 35% des parts au niveau mondial.

           L’une des caractéristiques de l’exploitation forestière au Cameroun, faut t-il le souligner, est l’écrémage, pratique qui consiste en la sélectivité des prélèvements des arbres de qualité supérieure du point de vue du phénotype et de la génétique, et qui contribue à la perturbation ou à la destruction en moyenne de 5 à 10% du couvert végétal. Elle constitue l’une des causes principales de « l’érosion génétique » en milieu forestier.

           Une illustration des risques qui pèsent sur les forêts naturelles, se réfère aujourd’hui au « Programme d’Emergence » du Cameroun, qui selon une étude récente du CIFOR, pourrait entrainer la conversion des terres forestières et la destruction d’au moins 2,02 millions d’hectares de forêt, soit 8 % de l’ensemble du couvert forestier national actuel.

         Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’il n’ya pas de garantie que les surfaces forestières actuelles pourront continuer à soutenir l’ensemble de la production forestière nationale, étant donné que la régénération naturelle proprement dite n'est pas toujours maîtrisée, et que de nombreuses incertitudes demeurent quant à l'efficacité des techniques sylvicoles utilisées, qui n'ont pas encore accompli un cycle entier, entre 60 et 90 ans.

         Ce cliché que présentent nos forêts, rend impératif le recours aux actions fortes et au développement des synergies avec d’autres acteurs institutionnels et privés, pour permettre à ces formations végétales de remplir durablement et efficacement leurs fonctions éco -systémique, biologique, socio-économique, environnementale, et culturelle. 

           Des efforts de mitigation des risques que je viens d’évoquer, ainsi que les nombreuses actions que mène déjà mon Département ministériel pour assurer la gestion durable des forêts, doivent être soutenues dans le cadre d’une approche inclusive et participative, par celles des populations qui sont gardiennes du patrimoine forestier, mais aussi, des acteurs du secteur privé, et en l’occurrence, des concessionnaires forestiers et des collectivités territoriales décentralisées.

C’est dans cette optique que le Ministère des Forêts et de la Faune a pris en 2016, deux mesures importantes, relatives aux obligations en matière de traitements sylvicoles dans les forets permanentes, et au recadrage de l’exploitation des perches dans le domaine forestier non permanent.

   La complexité de certaines actions en faveur du renouvellement de la ressource, nous amène inéluctablement à constater qu’une coordination des efforts au niveau national, voir sous-régional et des partenaires au développement, est indispensable pour assurer une réponse efficace aux nombreux défis liés à la préservation des forêts du Cameroun en particulier, et du Bassin du Congo en général. Cette démarche suggère également la mise en cohérence et la synergie des politiques et des programmes sectoriels, dans la perspective de disposer d’une vision stratégique intersectorielle, s’articulant autour de la mise en œuvre d’un « développement vert », qui garantisse la pérennité des services écosystémiques.        

            Je me réjouis à cet égard, de constater que de nombreuses sociétés forestières ont depuis quelques années, entrepris de leur propre initiative, des activités de reboisement d’espèces forestières de valeur, d’autres sont en cours d’adhésion par rapport à la vision que promeut le Ministère des Forêts et de la Faune par rapport aux traitements sylvicoles dans les forêts de production, afin d’en assurer la pérennité. Je tiens à les féliciter, en même temps que je les encourage à persévérer dans cette voie, ils trouveront auprès de mon Département ministériel, l’accompagnement dont ils ont besoin pour atteindre leurs objectifs, à savoir, faire migrer progressivement la production de bois d’œuvre des forêts naturelles vers les forêts de plantation.

    

              S’agissant des réserves forestières de production classées entre 1929 et 1947, et ayant servi de support aux plantations en régie de l’Etat, il va s’en dire que globalement, leur situation s’est manifestement aggravée à la suite du retrait de l’Etat des fonctions de reboisement dans les années 90, suivi de la dissolution de l’ex ONADEF. Leur gestion rest